Découvrir Kolwezi : l'histoire d'une ville dessinée

Kolwezi n'a pas poussé, on l'a tracée. En 1938, l'Union Minière du Haut-Katanga y installe le siège de ses Mines de l'Ouest et commande une ville entière : des quartiers aux dates connues, des surfaces au cadastre, des rues alignées sur les gisements. Quatre-vingt-dix ans plus tard, cette ville de compagnie est la capitale d'une province et le centre de gravité du cobalt mondial.

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Rond-point de l'Indépendance au crépuscule, éclairage allumé

Avant la mine : Keshila

Le site ne s’appelait pas Kolwezi. Il portait le nom de Keshila et fut conquis dans les années 1730 par les agents de Yavu a Newej, lors de l’expansion vers l’est de l’empire lunda. Kolwezi est donc, avant d’être une ville minière, une marche orientale d’un État africain dont la capitale historique, Musumba, se trouve toujours à Kapanga, dans la même province.

L’histoire industrielle, elle, commence avec l’or trouvé à Ruwe — aujourd’hui Mutoshi — en 1903.

1938 : une ville sur commande

L’Union Minière du Haut-Katanga, créée en 1906, détenait plus des trois quarts du territoire municipal. La société COFOKA, fondée en 1923, bâtit sur ses terres le quartier central, résidentiel et commercial. Le reste s’empile par couches, et chaque couche a sa date.

QuartierAnnéeSuperficie
Kolwezi1937102 ha
Musonoie1945189 ha
UZK195334 ha
Luilu1956110 ha
Ruwe195632 ha
Kapata196290 ha

La ville européenne est lotie en deux temps, à l’ouest de 1939 à 1946, à l’est de 1947 à 1951. La cité africaine de Manika naît en 1941 et obtient le statut de Centre Extra-Coutumier en 1952. Le plan colonial séparait les populations en se servant du relief et des voies ferrées comme de murs. La croissance récente a effacé ces frontières : on construit aujourd’hui presque partout, y compris au bord des mines et des terrils (CNES/Géoimage).

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Façades du quartier central hérité de la COFOKA

L’apogée, l’effondrement, le retour

L’UMHK est nationalisée en 1967 et devient la Gécamines. La production culmine en 1986 à 476 000 tonnes de cuivre, 14 500 tonnes de cobalt et 64 000 tonnes de zinc. Puis elle s’effondre : 439 474 tonnes en 1988, 222 100 en 1991, 45 900 en 1993. En sept ans, la ville perd dix fois son activité.

Le retour est venu du cobalt et des capitaux étrangers. Kolwezi devient chef-lieu de la nouvelle province du Lualaba en 2015, lors du découpage de l’ancien Katanga en quatre. Ce que cette économie est devenue aujourd’hui se lit sur la page Investir à Kolwezi.

Deux communes, un rond-point

La ville tient sur 213 km² et deux communes : Dilala à l’ouest, Manika à l’est. Elle a reçu le statut de ville en 1971, l’année où fut également érigé le diocèse de Kolwezi.

Son centre symbolique est le rond-point de l’Indépendance, au croisement du boulevard Lumumba et de l’avenue du 30 Juin. Ses murs sont parementés de malachite verte, le minéral de la région ; une fontaine en occupe le centre, entourée de bustes de figures de l’histoire nationale. Les travaux ont commencé le 15 juin 2016 et l’ouvrage a été inauguré le 16 janvier 2017. Les Kolweziens l’appellent depuis longtemps le rond-point Malu, d’après l’histoire d’une maison voisine engloutie sans faire de victime. Il ouvre la liste des lieux à voir sur Que faire à Kolwezi.

Sainte Barbe et saint Éloi

L’ancienne cathédrale de Kolwezi est dédiée à sainte Barbe et saint Éloi : la patronne des mineurs et le patron des métallurgistes. Difficile de trouver un meilleur résumé d’une ville.

Le siège épiscopal a changé le 15 février 2026, avec la dédicace de la cathédrale Sainte-Marie-Reine-de-la-Paix de Mariapolis, financée par le gouvernement provincial et consacrée par Mgr Richard Kazadi Kamba (Afrik.com).

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Cathédrale de Mariapolis, façade et parvis

Combien d’habitants ? Personne ne le sait

Le dernier chiffre officiel est 572 942 habitants en 2015. Les estimations postérieures vont d’environ 450 000 à deux millions. En 2011, la maire de l’époque avançait 1,5 à 2 millions. L’étude du CNES qualifie le chiffre officiel de « nette sous-estimation ».

La raison est simple : la RDC n’a pas organisé de recensement depuis 1984. Tout chiffre postérieur est une projection. Nous l’écrivons ainsi, plutôt que de choisir un nombre flatteur.

Trois choses que Kolwezi a et que personne ne cite

Une ligne électrique de 1 700 kilomètres s’arrête ici. La liaison à courant continu Inga-Shaba, mise en service en 1982, part du fleuve Congo à l’autre bout du pays et aboutit à une station de conversion aux portes de la ville. Sa capacité a été doublée à 1 120 MW mais n’est pas encore pleinement opérationnelle, si bien que la région achète aussi du courant à la Zambie.

Une bibliothèque numérique, la première du pays. L’Université de Kolwezi (UNIKOL), née en 2004 comme centre universitaire et autonome depuis 2010, a ouvert la première bibliothèque numérique de RDC. Sa Haute École des Mines est soutenue depuis 2025 par une coopération franco-congolaise.

Une capitaine du Paris Saint-Germain. La footballeuse internationale française Grace Geyoro, née en 1997, est née à Kolwezi.

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Station de conversion Inga-Shaba — autorisation requise

Mai 1978

Le 13 mai 1978, d’anciens gendarmes katangais venus d’Angola prennent la ville. Suivent neuf jours de combats et l’intervention de parachutistes français et belges à partir du 19 mai. Le bilan, dont les chiffres varient selon les sources : environ 170 civils européens tués, près de 700 morts africains dont environ 250 combattants, six parachutistes.

C’est l’événement par lequel le monde a appris le nom de Kolwezi, et il a longtemps été raconté depuis Paris et Bruxelles. Nous le mentionnons, daté et sourcé, sans en faire une attraction. Aucun mémorial local n’a pu être confirmé : les commémorations documentées ont lieu en Corse, sur la base du régiment intervenu.